RDC/Démission de Constant Mutamba : Voici comment le Jeune Ministre de la justice tombe sur le terrain glissant de la politique congolaise

En République démocratique du Congo le Ministre de la Justice et garde des sceaux, Constant Mutamba a présenté sa démission auprès du Président de la République Félix Tshisekedi, ce mardi 17 Juin 2025 lors d’une rencontre à Kinshasa, confirment des sources contactées par Bsenewsafrica.com

Elles précisent que l’officialisation de la démission de ce membre du gouvernement Suminwa interviendra dans les heures qui suivent.

Cette annonce est intervient après l’autorisation de poursuites contre le ministre de la Justice, accordée au procureur général près la Cour de cassation par l’Assemblée nationale dimanche dernier.

Le Procureur Général Firmin Mvonde avait demandé l’autorisation de poursuites auprès de la chambre basse du Parlement après avoir auditionné Constant Mutamba dans l’affaire relative à la construction de la prison de Kisangani, dans la province de la Tshopo.

Constant Mutamba est accusé de détournement de fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre de 6 jours à Kisangani, en les allouant à la construction de cette prison. Il est aussi accusé d’outrage aux corps constitués.

Est-il vraiment coupable ou sacrifié ? Voici comment le Jeune Ministre d’Etat Constant Mutamba est tombé sur le sol glissant de la politique congolaise.

D’un parcours élogieux et chanceux depuis 2013, Mutamba finit par subir la chaleur de la politique congolaise.

En janvier 2013, Constant Mutamba est nommé assistant du gouverneur de l’ex-Province Orientale, Jean Bamanisa Saïdi. En avril 2014, il crée le mouvement citoyen dénommé la Nouvelle Génération pour l’émergence du Congo (NOGEC).
En mars 2017, Mutamba devient rapporteur du Présidium de RASSOP et il est reçu par le président Joseph Kabila au palais de la nation dans le cadre des consultations destinées à la mise en place du gouvernement d’union nationale.
En mars 2018, il transforme la Nouvelle Génération pour l’Émergence du Congo(NOGEC) en regroupement politique, qui présente des candidats aux élections législatives nationales et provinciales.

En avril 2018, le professeur Nehemie Mwilanya alors Dircab du Président de la République Joseph Kabila va le nommer membre de la Task Force stratégique à la présidence. Quelques jours après, il signe la charte constitutive du Front commun pour le Congo (FCC) dont il devient membre du bureau politique. En juillet de la même année, il est consulté par le Président Joseph Kabila, dans le cadre de la désignation du candidat dauphin à l’élection présidentielle de 2018.

En février 2019, il est nommé assistant du coordonnateur du Front commun pour le Congo (FCC), Néhémie Mwilanya, et rapporteur du Bureau politique du Front commun pour le Congo.

En novembre 2021 en toute surprise, il trahit sa famille politique des Kabilistes et crée avec son compagnon Âgée Matembo, la Dynamique Progressiste Révolutionnaire (DYPRO), un parti d’opposition. Ensuite, il délègue son camarade comme questeur de la commission électorale nationale indépendante (CENI), pour le compte de l’opposition politique.

Le 30 août 2023, Constant Mutamba, 35 ans, est l’un des candidats de l’opposition à l’élection présidentielle de décembre 2023.

En mai 2024, Constant Mutamba est nommé ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux dans le gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa, il sera officiellement en fonction depuis le 12 Juin 2024.

En tant que Ministre de la Justice, Mutamba va chercher à se distinguer en posant des actions de grande envergure comme l’exécution de la peine capitale aux bandits armés communément appelés « Kuluna », la traque des détourneurs de deniers publics, la guerre contre les magistrats corruptibles ( qui va même lui coûter son poste à ce jour).

Dans sa détermination d’innover au sein du Ministère de la Justice, Mutamba va déclencher une guerre froide avec plusieurs corporations des magistrats en République démocratique du Congo, officiellement deux corporations vont farouchement s’opposer au jeune Ministre dont le Syndicat national autonome des magistrats du Congo (Synamac) et le Syndicat des magistrats du Congo (Symco), qui vont dénoncer les « dérives totalitaires et autoritaires » du ministre d’État, la guerre va prendre une autre tournure lorsque le Ministre d’Etat va tenter même de traquer le Procureur Général près de la cour de Cassation Firmin Mvonde dans une affaire de construction des villas à Bruxelles, celui-ci va riposter quelques mois après, utilisant la politique, la magie et la sagesse mélangée à son droit d’aînesse jusqu’à avoir aujourd’hui la tête du bourreau.

Bras De Fer avec Firmin MVonde et l’occasion de Chute

En guerre contre le procureur général près de la Cour de cassation, Mutamba ignorait surtout avec qui il avait à faire,
Substitut du procureur général près la Cour d’appel de Mbuji-Mayi où il a tissé des relations étroites avec la famille Présidentielle puis avocat général près la Cour d’appel de Bukavu, dans le Sud-Kivu. Avant d’être nommé procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu était aussi inspecteur général des services judiciaires et pénitentiaires bref un vétéran au sein de l’appareil judiciaire congolais ayant aussi un carnet d’adresse impeccable.

Alors qu’il croyait avoir le soutien de l’exécutif en commençant par le Président de la République, Mutamba n’a pas résisté face à la pression de ses adversaires, d’abord à cause de ses intentions, de son passé politique et de son âge.

Par ses intentions, le Ministre d’Etat se voyait potentiel candidat président de la République en 2028, il va même rêver d’être dauphin du Président de la république, des intentions qu’il ne cachera pas lors d’un meeting à Kinshasa, ce qui a mal éveillé les décideurs de premier rang du pouvoir, ceci sera classé parmi les griefs pour livrer le fils de l’homme.

Par son passé politique, Mutamba hier Kabiliste dur n’a pas résisté face aux billets verts pour donner du poids aux élections passées organisées par le pouvoir, pourtant contestées par l’opposition, il va donc crédibiliser ces dernières jusqu’à trouver une récompense et comme en Politique les intérêts comptent, rien n’a fait oublier aux dirigeants actuels le passé de Mutamba, ses émissions et déclarations contre Fatshi à la base d’une certaine méfiance malgré tout.

De ces éléments s’ajoute l’âge, pas seulement un chiffre mais un facteur de trop pour valider le sacrifice du Jeune Ministre accusé par plusieurs magistrats et procureurs de la république plus âgés que lui et de facto plus écouté auprès du Président de la République.

Mutamba va ainsi tomber sur le terrain glissant de la politique congolaise qui peut te ramener de l’enfer au Paradis mais aussi du Paradis à l’enfer juste pour un tout petit faux pas.

37 ans d’âge et plus jeune Ministre d’Etat du Gouvernement Suminwa en République démocratique du Congo, Constant Mutamba Tungunga n’aura fait que 1 an et 6 jours à la tête du Ministère de la Justice et garde de sceaux soit du 12 Juin 2024 au 17 Juin 2025 jour où il va présenter sa démission auprès du Président de la République Félix Tshisekedi.

Son procès est attendu dans les prochains jours, on saura jusqu’où amène-t-on la proie conquise des plusieurs magistrats.

Delphin Tambwe

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